Le petit prince du désert

Publié le par Corsimokhan



Les véritables origines du cheval arabe demeurent obscures. On sait seulement que c'est une race élevée par les Bédouins depuis très longtemps. Mais la tradition orale s'est emparée du "Buveur de vent" et lui a forgé un stud-book mythique aux couleurs de l'Islam.

Au XIXème siècle, apparaît sous la plume de l'émir Abd El-Kader un récit où la création du cheval arabe
est associée à celle du monde. Il la rapporte en ces termes à son ami Daumas :

" Sache donc, que parmi nous, il est notoire que Dieu créa le cheval du vent, comme il créa Adam de la glaise […] Allah condensa le vent du sud, et de la matière que lui présentait l archange Gabriel, Il fit un animal bai foncé, disant ceci : " Je t appelle Cheval, ton nom sera Arabe et je te donne la couleur brune de la fourmi […] Tu seras le seigneur des autres animaux.

Les hommes te suivront partout où tu iras ; tu seras aussi valeureux dans l'attaque que dans la retraite ; tu voleras sans avoir d'ailes, les riches te chevaucheront et la fortune leur sourira grâce à toi. "

Ensuite, il mit sur le cheval la marque de la gloire et du bonheur, une tache blanche au milieu du front.

Des versions plus anciennes s'appuient sur les temps bibliques. Pour certains, ce cheval remonterait aux lendemains du Déluge. En effet, l'arrière-petit-fils de Noé, Bax, aurait capturé dans le désert du Yémen la première jument jamais domestiquée : Baz. Celle-ci aurait été fécondée par l'étalon Hoshaba. A la fin du VIIIème siècle, par exemple, l'historien arabe El Kelbi rapporte en détail les pedigrees des lignées qui seraient issues de son poulain. Les différentes tribus bédouines les auraient préservées en maintenant les divers types qui existent encore dans la morphologie du cheval arabe.

D'autres attribuent la domestication du cheval du désert à Ismaël. Ce fils D'Abraham et de sa servante Agar est considéré comme l'ancêtre des Arabes (comme son demi-frère, né d Abraham et sa femme, Sarah, est celui des Juifs). Chassé avec sa mère dans le désert, il y aurait trouvé des chevaux sauvages qu'il aurait été le premier à chevaucher.

Certains racontent qu'Allah lui aurait offert un troupeau de cent chevaux. Pour évaluer leur résistance, il les aurait privé d'eau pendant huit jours, puis les aurait lâché au bord de la mer. Tous se seraient précipité pour boire, sauf la jument Ajuz. Tandis qu'elle aurait attendu sur la plage, un étalon sorti de la mer, nommé Hoshaba comme dans la légende précédente, l'aurait saillie et leur produit aurait été le fondateur de la lignée Kehilan Ajuz.

Ce test singulier est plus souvent attribué au prophète Mahomet, grand amateur de chevaux arabes. Après les avoir assoiffées, il aurait amené ses bêtes au bord de la mer et les aurait aussitôt rappelées. Les cinq juments qui auraient fait demi-tour seraient les fondatrices du Khamsa. Mahomet leur aurait appliqué une marque à l encolure : une spirale de poils, appelée "pouce du Prophète", qui distinguerait encore les chevaux exceptionnels.




Plus de précisions sur les lignées :
Les principales lignées reconnues par les tribus du désert et encore considérées de nos jours comme ayant une valeur particulière sont :
- KEHILAN SEGLAWI
- MUNAGHI
- JELLABI
- DAHMAN
- KRUSH
- ABEYAN
- NOWAK
- JILFAN
- WADNAN
- HAMDANI
- HADBAN

Inévitablement, lorsqu'on étudie l'histoire de l'arabe, on rencontre 3 races : les Attechi, les Kadischi, mais surtout la race la plus prisée, le Khamsa (aussi appelé Kohwail, Koheil, Kocklani selon les tribus), qui regroupe les 5 lignées fondatrices du véritable Arabe des Bédouins. La première est KEHILAN, symbolisant la puissance et l'endurance, qui serait issue de la jument AJUZ, née d'une descendante de BAZ et d un étalon offert par le roi Salomon à la tribu de Ben Zad en 1000 avant Jésus-Christ. La deuxième est SEGLAWI, image de la beauté et de l'élégance ; les suivantes sont ABEYAN, HADBAN, et HAMDANI. La lignée MUNAGHI, de type longiligne, expression parfaite de la vitesse, et les autres lignées citées plus haut ne sont pas comprises dans le Khamsa.
Pour certains, le Khamsa et les légendes qui s y attachent ne sont que de " pieuses inventions ", mais les distinctions qu il établit sont encore largement reconnues en France.

Selon une de ces légendes, Allah offrit 100 chevaux à Ismaël et celui-ci leur fit subir une sorte de test de sélection. Il les priva d eau pendant 8 jours, puis les lâcha au bord de la mer. Tous se précipitèrent pour boire l'eau salée, à l'exception de la Jument AJUZ. Tandis qu'elle attendait sur la plage, un grand étalon sortit de la mer et s'accoupla avec elle. A la fin de sa gestation, elle mit au monde le fondateur de la lignée KEHILAN AJUZ.

Selon une autre légende, ce fut le Prophète lui-même qui amena des chevaux au bord de la mer et rappela aussitôt après. Mais seules 5 juments répondirent à l'appel. Elles devinrent les 5 fondatrices du Khamsa, et Mahomet les marqua d'un signe spécial en appliquant son pouce sur leur cou. Son empreinte dessina une spirale de poils, appelée
"pouce du Prophète", et les chevaux qui portent encore cette marque aujourd'hui sont considérés comme détenteurs de qualités particulières.

Bien sûr, il s'agit là de récits mythiques, mais on remarquera qu'ils mettent en évidence un fait réel, à savoir l'endurance et la sobriété du cheval Arabe. Un des récits est l'histoire de Si Ben Zyam, qui s enfuit en Algérie sur la jument préférée de son père pour éviter qu elle ne soit réquisitionnée par les Turcs. Il chevaucha de jour et de nuit, ne s arrêtant que pour permettre à sa monture de se désaltérer, et une seule fois pour qu elle reprendra son souffle, parcourant 380 km en 24 heures… A l'arrivée, la jument, loin d'être épuisée, aurait été capable de continuer le voyage si cela avait été nécessaire.

Auteur : Arcadian-25/12/2003

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